LES 50 QUÉBÉCOIS ET QUÉBÉCOISES LES PLUS RAPIDES DE L'HISTOIRE AU MARATHON

LES 50 QUÉBÉCOIS ET QUÉBÉCOISES LES PLUS RAPIDES DE L'HISTOIRE AU MARATHON

Par Denis Poulet, responsable du Comité des records

Montréal (17 août) - En mai 1997, Daniel Mercier et Dominic Binette publiaient dans la revue Athlétisme et course sur route un « top 75 » québécois de tous les temps au marathon chez les hommes et un « top 66 » similaire chez les femmes. De l'aveu même des auteurs, ces listes n'étaient pas complètes; aussi, plusieurs performances manquaient de détails, notamment des lieux et des dates précises. L'initiative n'en était pas moins intéressante puisqu'elle permettait d'évaluer la progression de nos marathoniens au terme de presque 20 ans d'un boom québécois remarquable en course de fond. 

Au début du mois de juillet, j'avais entrepris une recherche pour retracer l'évolution des records québécois au marathon, mais je me suis dit qu'il valait peut-être la peine de mettre à profit la consultation de mes sources d'information pour combler les lacunes des classements de 1997 et mettre ces derniers à jour. De tels classements existent déjà, me direz-vous. En effet, Athlétisme Canada publie sur son site les classements de tous les temps au marathon (et dans les autres épreuves de course sur route) pour le Québec, mais ces classements sont très incomplets, ne contenant pratiquement que des performances réalisées depuis 2010. Voici donc des classements qui, sans prétendre être exhaustifs, donnent un portrait beaucoup plus juste de nos marathoniens et marathoniennes les plus rapides de tous les temps.

Voir Les 50 marathoniens et marathoniennes québécois les plus rapides de l'histoire

Chose qu'on savait déjà grâce à la publication des « 10 meilleures performances de tous les temps » sur le site de la FQA, les classements des 10 premiers n'ont guère bougé depuis 20 ans, tant chez les femmes que chez les hommes. Le seul coureur masculin à s'être hissé dans le groupe de tête depuis le début du siècle est David Le Porho, 2:19:37 en 2015.  Chez les femmes, il y a bien eu Véronique Vandersmissen et Isabelle Ledroit qui ont accédé au groupe sélect au début des années 2000, mais depuis, presque rien, sinon Arianne Raby, que ses 2:41:58 à Ottawa en mai dernier classent maintenant à la 9e place.

La cuvée exceptionnelle des années 80 et 90

Les années 1980 et 1990 ont vu éclore une poignée de marathoniens et marathoniennes québécois de calibre international dont les performances restent à la fois inégalées et fort impressionnantes.

Chez les femmes, les cinq coureuses de tête se démarquent très nettement. Si on rassemble toutes leurs meilleures performances, on découvre qu'elles ont couru un total de 30 marathons en moins de 2:35. Jacqueline Gareau y est parvenue 10 fois, dont deux fois en moins de 2:30 (2:29:28 à Boston en 1983 et 2:29:32 à Houston en 1985); Odette Lapierre affiche huit chronos remarquables variant entre 2:30:35 et 2:34:52; Carole Rouillard en a cinq (de 2:30:41 à 2:34:22); Lizanne Bussières peut en revendiquer cinq elle aussi (de 2:30:57 à 2:33:44); enfin, Ellen Rochefort n'est pas en reste avec deux courses à 2:31:36 et 2:32:57. Impressionnant, disais-je!

Ces statistiques « en profondeur » n'apparaissent cependant pas dans le classement, où je n'ai retenu que la meilleure performance de chacune, comme c'est le cas dans le top 10 des meilleures performances québécoises de tous les temps dans les autres épreuves. Dans le cas qui nous occupe ici, cela signifie que la 6e au classement, en l'occurrence Véronique Vandersmissen, ne détient en réalité que la 31e performance de l'histoire.

Si on fait l'exercice similaire pour les hommes, on apprend que les cinq premiers au classement comptent au total une dizaine de performances sous les 2:20. Alain Bordeleau en a quatre à lui seul (2:14:19, 2:16:36, 2:19:21 et 2:19:58), Janik Lambert, deux (2:17:55 et 2:18:23), Michel Brochu, deux aussi (2:18:47 et 2:18:53), et Jean Lagarde (2:19:00) et David Le Porho (2:19:37), une chacun.

Le chiffre de 2:20 est intéressant. Au début des années 1980, c'était la « barrière » à franchir pour les Québécois. À la fin des années 1970, le record québécois (aujourd'hui MPQ) était à 2:22:47, propriété de Raymond Will depuis 1975; Will était originaire de la Nouvelle-Écosse mais représentait le club québécois Mont-Royal Francs-Amis. Le 7 décembre 1980, à Fukuoka, au Japon, Daniel Bégin bat le record, le portant à 2:21:06. Bernard Voyer le lui ravit au Marathon de Montréal du 13 septembre 1981 en se classant 26e en 2:20:48. Les bons coureurs de l'époque rêvaient tous alors de franchir la fameuse barrière.

Ce sera Alain Bordeleau qui réussira le premier, en vertu d'un chrono de 2:16:36 au Marathon de Montréal du 25 septembre 1983, bon pour la 12e place. Puis il portera le record à 2:14:19 à Ottawa le 13 mai 1984, MPQ qui tient toujours. Le même jour, lors de la sélection olympique à Ottawa, Rhéal Desjardins fut le second sous les 2:20, à 2:19.26.

Il faudra ensuite attendre jusqu'au 13 mai 1990 pour voir Michel Brochu devenir le troisième coureur du Québec sous les 2:20,  en 2:18.53.

Progression quand même

Ces observations pourraient laisser croire que les marathoniens québécois n'ont pas vraiment progressé depuis une vingtaine d'années. Or, il y a quand même quelques indices de croissance. Le 50e chez les hommes aujourd'hui est à 2:26:50, il était à 2:30:30 en 1997. Chez les femmes, la progression est un peu plus manifeste, la 50e se situant à 2:58:33 contre 3:10:05 en 1997.

 Le tableau ci-dessous montre la répartition du top 50 par décennies aux niveaux québécois, canadien et mondial. Les chiffres proviennent de statistiques en date du 26 juillet 2017.

 

Hommes

Femmes

Québec

Canada

Monde

Québec

Canada

Monde

1er = 2:14:19

50e = 2:26:50

1er = 2:10:09

50e = 2:17:48

1er = 2:02:57

50e = 2:05:30

1ère = 2:29:28

50e = 2:58:33

1ère = 2:28:00

50e = 2:41:49

1ère = 2:15:25

50e = 2:21:34

Années 70

3

8

0

0

0

0

Années 80

26

20

0

18

15

2

Années 90

6

5

0

7

12

1

Années 00

8

10

10

8

8

17

Années 10

7

7

40

17

15

30

 Au Québec, la domination des coureurs des années 1980 apparaît nettement chez les hommes, mais on remarque la poussée des femmes dans les années 2010. Sept des coureuses de la décennie courante sont d'ailleurs dans les 25 premières.

Au niveau canadien, on a sensiblement le même modèle. Vingt-huit des 50 hommes ont réalisé leur performance avant les années 1990, et il n'y en a que sept depuis le début de la présente décennie. Chez les femmes, on a une quinzaine de bonnes prestations dans les années 2010, mais les années 1980 et 1990 montrent la plus importante concentration.

Soit dit en passant, Jacqueline Gareau occupe la 4e place chez les femmes et Alain Bordeleau la 20e chez les hommes.

Au niveau mondial, c'est une autre histoire : 40 des 50 coureurs ont réalisé leur meilleure performance dans la décennie actuelle; chez les femmes, elles sont une trentaine à s'être inscrites au top 50 depuis 2010. On n'est pas du tout dans cette mouvance ici.

Reverra-t-on une classe de coureurs et de coureuses aussi forte que dans les années 1980 et 1990? Pourquoi, malgré le regain de popularité de la course sur route, n'a-t-on pas plus de coureurs et coureuses d'élite compétitifs sur la scène nationale? Je laisse à d'autres le soin d'analyser la chose. Mais il vaut peut-être la peine de poursuivre la mise à jour des classements du top 50 : c'est une mémoire en mouvement.

Note. J'ai consulté plusieurs sources pour faire les classements du top 50 québécois et rédiger le présent article. Mes sources principales ont été les classements canadiens (Athlétisme Canada et Marathon Canada), la revue de la FQA (219 numéros épluchés couvrant une période de plus de 40 années), les archives du journal La Presse, le site de l'Association des statisticiens de courses sur route et le site finlandais de statistiques Tilastopaja Oy. Dans la mesure du possible, j'ai vérifié les performances avec les résultats officiels des compétitions, quand je parvenais à les trouver (pas facile pour les marathons avant 2000). Quand apparaissait un chrono au dixième ou au centième, j'arrondissais à la seconde supérieure, selon l'usage actuel en matière de records et de résultats officiels en course sur route. Je vous invite à me signaler toute erreur, inexactitude ou omission, de préférence avec document à l'appui (dpoulet@vl.videotron.ca).

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