«LE MEILLEUR ATHLÈTE COMPREND CE QU'IL FAIT» - STEVE MORIN

«LE MEILLEUR ATHLÈTE COMPREND CE QU'IL FAIT» - STEVE MORIN

Par Fédération québécoise d'athlétisme

Notre contingent d'entraîneurs compte plusieurs anciens athlètes. On se dit souvent que c'est le cheminement le plus logique pour devenir un entraîneur mais ce n'est pas toujours le cas. Comment les anciens athlètes, de quelque niveau que ce soit, réussissent la transition vers le rôle d'entraîneur? Dans le cadre de la Semaine nationale de l'entraîneur, du 23 au 30 septembre, la FQA présente cinq anciens athlètes québécois qui ont fait le saut vers le rôle primordial d'entraîneur.

Éducateur physique de profession, Steve Morin est surtout un entraîneur d'athlétisme passionné. Comme tant d'autres entraîneurs, sa passion pour le coaching a débuté lorsqu'il était athlète comme ancien coureur de 400 et 800 mètres. Ce passage de la vie d'athlète vers celle d'entraîneur s'est fait graduellement mais sûrement. Athlète au club St-Jean Olympique de 1995 à 2008, Steve est aujourd'hui entraîneur au Club d'athlétisme Rive-Sud.

Steve, est-ce que pendant que tu étais athlète, tu pensais déjà à devenir entraîneur?

Oui, pour la simple et bonne raison que j'étais avec le St-Jean Olympique, j'avais 15 ou 16 ans à l'époque, et que pour que le club fonctionne il fallait que je m'implique dans les activités d'initiation et de développement. J'ai commencé à intervenir avec des tous petits alors que j'étais encore un athlète du club. Ç'a été un emploi d'été et après j'ai toujours gardé contact même quand j'étais étudiant-athlète à l'université de Sherbrooke. Je continuais à aider au club d'athlétisme de Sherbrooke en faisant quelques remplacements au sport-études comme entraîneur. J'ai toujours baigné là-dedans même quand j'étais athlète.

Tes activités d'apprenti-entraîneur ne semblaient donc pas nuisibles à tes performances personnelles comme athlète?

Ça pouvait l'être mais on travaillait en collaboration avec le club et avec Hélène (Larose). On s'arrangeait pour que ça n'entre pas en conflit avec mes horaires et mon programme d'entraînement personnel, qui était la priorité numéro un. Faut dire que je n'étais pas entraîneur toute l'année et que c'était surtout en période estivale, deux ou trois avant-midis par semaine. Je préférais avoir cet emploi plutôt que de travailler chez McDo où j'aurais dû faire des heures les fins de semaine et être en conflit avec mes compétitions. Tandis que là mes employeurs étaient mes entraîneurs et personne ne voulait que mon travail nuise à mes performances.

À partir de quel moment t'es-tu décidé à t'impliquer plus sérieusement comme entraîneur?

Dès que j'ai commencé mon bacc d'enseignant en Éducation physique, je savais que je voulais être entraîneur en athlétisme. Honnêtement, j'aurais voulu être entraîneur à temps plein en athlétisme mais ce n'est pas une réalité qui arrive très souvent au Québec. Au lieu de faire un bacc en kinésiologie, j'ai décidé de faire un bacc en enseignement parce que j'avais la certitude que comme enseignant j'allais m'impliquer en athlétisme scolaire. Je pense que l'athlétisme devrait partir des écoles pour ensuite amener l'athlète vers les clubs.

Si on fait le calcul, cela fait une quinzaine d'années que tu es entraîneur?

De façon sérieuse, ça va faire dix ans. Si j'ajoute les années où j'ai travaillé avec les tous petits, ça doit faire presque vingt ans. 

Depuis dix ans, tu étais prof à l'école Jean De La Mennais, qu'est-ce qui t'as le plus accroché dans ce que tu fais comme coach?

Je dois avouer que c'est de développer, à partir de la base de la pyramide, et de monter un jeune jusqu'au niveau universitaire. C'est pas que je n'aime pas la performance, mais je n'aime pas tellement l'idée d'avoir un athlète déjà formé dans les mains. Ma fierté depuis dix ans, c'est d'avoir préparé des athlètes qui sont allés dans des programmes d'équipes universitaires partout au Québec, à McGill, à Laval, Sherbrooke, à l'université de Montréal. Mon objectif est toujours de l'amener vers un programme universitaire, québécois, canadien ou américain parce que rendu là ça prend plus de temps, plus de services, plus de ressources. Dans la structure de club que nous avons développé avec Martin Angel, Sylvain Desmarais et M. (Bob) Bonnenberg, on est un excellent club de développement mais rendu à l'élite ça demande plus que le club que nous sommes présentement. On veut aussi qu'ils se développent autant au niveau personnel, professionnel que comme athlète.

Si tu avais un athlète de talent depuis six ans ou sept ans et cette personne te demandait de continuer à travailler avec toi parce qu'elle pense que c'est avec toi qu'elle peut aller le plus loin, comment répondrais-tu?

C'est drôle parce que présentement j'ai cette conservation avec une des athlètes du club. Nous avons une bonne compréhension de l'un et l'autre et une bonne chimie qui fait que ça fonctionne d'année en année. Rendue à l'université, elle veut poursuivre avec moi. Nous allons tous les deux faire des sacrifices pour continuer. Il faudra aussi travailler en partenariat avec les entraîneurs universitaires mais je vais demeurer le chef d'orchestre et la personne impliquée dans l'ensemble des activités du développement de l'athlète. Je ne pourrai pas être tout le temps avec l'athlète mais pour moi le meilleur athlète que je développe est celui qui comprend le mieux ce qu'il fait. S'il comprend bien ce qu'il fait, on demeure en étroite communication, par courriel, message texte, je pense que ça peut bien fonctionner.

Vous avez au Club d'athlétisme Rive-Sud une structure semi-professionnelle qui vous permet d'embaucher des entraîneurs à temps partiel. Est-ce qu'il est possible qu'un jour vous ayez un entraîneur-chef à temps plein?

On avait réfléchi aux étapes du développement du club quand on a fondé le CARS en 2008-2009. La première étape était d'avoir une piste d'athlétisme avec du matériel pour s'entraîner. C'est pour ça qu'on a rassemblé plusieurs programmes scolaires ensemble pour former le club. On a eu la piste avec les Jeux du Québec en 2014. La deuxième étape était de développer nos activités pour permettre l'embauche d'une personne-ressource comme coordonnateur des activités du club. On est là-dedans en ce moment. La réalité par contre, c'est qu'on ne peut pas offrir un salaire compétitif pour avoir quelqu'un qui aurait beaucoup d'expérience mais on s'en va vers ça. On a engagé une personne qui est en formation présentement et l'idée c'est d'avoir quelqu'un pour la gestion des activités et faire grandir le club. Ensuite on voudra embaucher un entraîneur. La dernière étape, c'est de travailler fort pour avoir un vrai centre d'entraînement intérieur sur la Rive-Sud. Une fois que cela sera fait, on pourra penser à garder les athlètes performants chez nous au club.

On a un peu dévié du rôle d'entraîneur vers le rôle de gestionnaire. Pour revenir à ton rôle d'entraîneur, qu'est-ce que tu considères qui a le plus changé depuis dix ans dans ton apprentissage comme coach?

Le plus gros changement, c'est qu'on ne travaille plus juste avec l'athlète. On travaille aussi avec les parents bien souvent, avec les autres entraîneurs du club, la communication est super importante. Il y a beaucoup d'entraîneurs qui vont coacher toutes les disciplines alors que chez nous ça ne fonctionne pas comme ça. On a des entraîneurs dans les différents groupes d'épreuves et on envoie les athlètes s'entraîner avec les spécialistes. Est-ce que c'est parfait? Non, le plus gros défi c'est d'améliorer l'encadrement des athlètes.

Quand tu as commencé, la différence d'âge avec tes athlètes était moins grande que maintenant. Comment vois-tu ton évolution dans la relation avec les athlètes?

Il faut rester à l'écoute. Quand on est jeune entraîneur, on est plus près de leur réalité et tu comprends mieux ce qu'ils vivent. En vieillissant, même si j'ai seulement 35 ans, il faut rester très groundé avec la réalité des jeunes et leurs besoins. C'est quand on oublie ça qu'on finit peut-être par manquer certaines choses. Si en vieillissant tu oublies d'écouter l'athlète, tu finiras par lui nuire, il sera démotivé et ne viendra plus à l'entraînement.

Quel est l'aspect de ton activité d'entraîneur que tu voudrais le plus perfectionner ou améliorer?

Euh...Ce qui me manque, c'est du temps. C'est ça la réalité. Ça demande tellement de temps. Parfois, j'ai l'impression que j'arrive seulement à faire la planification annuelle pour mes athlètes principaux, des athlètes qui sont d'un bon niveau et pour qui on cherche un peak. Mais dans d'autres cas, j'ai l'impression que je patche un peu en fonction d'où ils sont rendus dans leur développement alors que je devrais mettre la même quantité de temps pour ces athlètes que pour les meilleurs. Ce n'est pas parce j'aime moins coacher ces athlètes-là, c'est juste une question de temps. J'ai la pression des athlètes, des parents et de la fédération pour que ceux-ci réussissent tandis que ceux qui commencent sont moins valorisés. Je me laisse embarquer dans ça et j'ai l'impression de ne pas faire le travail aussi bien que j'aimerais le faire.

Tu parlais de voir ta fierté de voir un athlète évoluer et atteindre le niveau d'une équipe universitaire. Au Québec, on a de beaux succès avec les jeunes, mais ça ne semble pas vouloir éclore à l'âge adulte. As-tu une théorie là-dessus?

Suite à mon mentorat d'un an avec Daniel Mercier, le constat que je fais est que c'est difficile de faire performer un athlète au Québec. De faire passer un bon juvénile, un bon junior, vers le niveau d'athlète international quand il est sénior. Pour la simple raison que cela prend énormément d'argent et de temps. En ce moment, nous avons peu des deux. En ce moment, il faudrait que j'entraîne seulement mes athlètes d'élite ou seulement mes athlètes en développement, pas les deux groupes. Si je voulais qu'une Emy Béliveau, une Audrey Jackson ou un Gabriel Samson se rendent loin, il faudrait que je me concentre seulement sur ces trois-là. Il faudrait que je sois là dix heures par semaine pour eux seulement. Pour une question de rentabilité dans le club, il faut que je m'occupe de bien d'autres personnes. Honnêtement, j'aime ça mais c'est juste que pour les amener au haut niveau ce n'est pas ce que ça prend. Il faut les suivre pas à pas, les amener en camp d'entraînement, les faire suivre par des spécialistes, faire des tests, faire de la regénération avec la massothérapie, avoir un chiro. Ce qui n'est pas là présentement avec la majorité des athlètes au Québec.

Est-ce que tu penses que les athlètes et les clubs des autres provinces ont de meilleures conditions pour faire évoluer leurs athlètes?

Pas nécessairement mais il y a une culture du sport qui est totalement différente. Au Québec, la culture de l'athlétisme n'est pas aussi développée tandis qu'en Ontario ou en Colombie-Britannique, l'athlétisme est dans toutes les écoles secondaires. Au Québec, ce ne sont pas toutes les écoles qui en font et le bassin de jeunes talentueux est moins important. On entend plus d'histoires de succès de ces provinces parce qu'elles ont plus de jeunes en bas de la pyramide qui touchent l'athlétisme.

C'est quand même surprenant ce que tu affirmes-là parce que quand on va à la Légion, on récolte quand même une grosse part de succès?

Mon analyse de la Légion, c'est que le Québec envoie son équipe A et l'Ontario envoie son équipe B. Parce qu'il y a souvent plusieurs athlètes qui ont très bien performé aux championnats scolaires de l'Ontario (OFSSA) et qu'on ne voit pas en compétition après le mois de juin. Ils ne font pas tous la Légion au mois d'août. C'est bon pour le Québec mais à mon avis ce ne sont pas tous les meilleurs éléments qui sont à la Légion. Il faudrait regarder le classement national des catégories d'âges à la fin de l'été qui reflète selon moi un peu plus le portrait de la situation. Pas mal plus que le classement des médailles à la Légion. Enfin, c'est mon avis.

Comment vois-tu ton coaching dans les prochaines années?

J'ai des nouvelles personnes dans le club qui se sont jointes à moi dans le développement des jeunes vers l'élite. Laurence Beaudet est une ancienne athlète à qui je remettrai le témoin pour qu'elle ait un peu plus de responsabilités. Cela va me permettre de mettre un peu plus d'énergie vers des athlètes qui sont rendus à un autre niveau. Ça va rendre service à tout le monde. De plus, je suis maintenant dans une nouvelle école, au Collège St-Hilaire sur la Rive-Sud, et j'ai l'intention de développer un programme d'athlétisme dans cette école aussi. 

Mais ça ne changera pas ton implication au Club d'athlétisme Rive-Sud...

Non, je serai toujours impliqué dans le club mais j'ai de nouvelles réalités personnelles. J'ai maintenant deux enfants à la maison. Mon petit garçon venait aux entraînements avec moi cet été et il jouait dans le bac de saut en longueur pendant que je faisais pratiquer des départs aux athlètes. Ce n'est peut-être pas la chose optimale à faire mais si je veux demeurer dans le sport, il faut que tout le monde mette de l'eau dans son vin et jusqu'à maintenant ça va super bien.

C'est une bonne conclusion ça!  

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