LOUIS CARRY: UN CHAMPION TOUJOURS MOTIVÉ

LOUIS CARRY: UN CHAMPION TOUJOURS MOTIVÉ

Par Fédération québécoise d'athlétisme

Notre contingent d'entraîneurs compte plusieurs anciens athlètes. On se dit souvent que c'est le cheminement le plus logique pour devenir un entraîneur mais ce n'est pas toujours le cas. Comment les anciens athlètes, de quelque niveau que ce soit, réussissent la transition vers le rôle d'entraîneur? Dans le cadre de la Semaine nationale de l'entraîneur, du 23 au 30 septembre, la FQA présente cinq anciens athlètes québécois qui ont fait le saut vers le rôle primordial d'entraîneur.


Il est entraîneur depuis tellement longtemps qu'on a oublié que Louis Carry a déjà été un excellent athlète. Champion provincial à plusieurs reprises en demi-fond au début des années '80, Louis est un autre ancien athlète converti à la mission d'entraîneur.  Depuis maintenant 16 ans, il est entraîneur au club d'athlétisme Dynamique de Laval.

Louis, ta carrière d'athlète s'est déroulée sur combien d'années?

J'ai commencé en 1972 avec le club Campi (Valleyfield). J'ai été en mode compétition jusqu'en 2006 parce que j'ai participé à quelques compétitions nationales chez les vétérans. J'ai plus ou moins cessé comme athlète quand j'ai commencé à entraîner Mathieu Raymond. Disons que j'ai tenté d'être compétitif jusqu'en 2006.

Avant que tu sois vétéran, tu avais une belle feuille de route chez les séniors. À ton meilleur niveau, tu as réalisé plusieurs bons chronos et tu as remporté quelques titres provinciaux?

Sept fois! Est-ce qu'on compte les relais? Individuellement, j'ai gagné le provincial en 1980, 1981, au 800 mètres et 1500 mètres. Intérieur et extérieur, je crois que j'ai gagné six titres provinciaux. Mes meilleurs temps étaient 50.2 sec au 400 mètres, 1:52.2 au 800 m, 3:52.0 au 1500 mètres et 8:27.0 au 3000 mètres. En vétéran, j'ai fait 15:15 au 5000 mètres à 36 ans et 8:35.0 au 3000 m. C'était pas pire!

Pas mal du tout. Où te situais-tu au niveau canadien?

La première fois où j'ai participé aux championnats canadiens, à Sudbury (1977), j'ai fini 9ème et j'ai manqué la finale du 800 mètres par un rang. Ç'a été mon meilleur résultat. J'ai été souvent en finale B mais jamais en finale A, au 800 mètres.

Comment as-tu débuté comme entraîneur?

Au début, le club d'athlétisme Laval Dynamique me demandait de coacher mais à l'époque, je ne voulais pas prendre d'athlètes en bas de seize ans. À un moment donné, c'est en 2001, j'ai eu un appel de ma soeur (Lyne), qui est la mère de Mathieu Raymond. Il venait de se faire prendre un tour dans un 2000 mètres et sa mère me disait qu'il voulait arrêter de courir. Il était un peu découragé. Trois ou quatre jours plus tard, je suis allé à Terrebonne pour m'entraîner avec lui. On a fait une séance simple, 10 x 200 mètres. Il me semblait en bonne forme et il voulait toujours me battre. Il était encore cadet. On était en mars et je l'ai amené faire quelques courses sur route au printemps. Après cela, on s'est retrouvé à Claude-Robillard et il s'entraînait en même temps que moi. C'est comme ça qu'on a commencé.

S'il n'avait pas été ton neveu, qu'aurais-tu répondu?

Je ne sais pas. Je trouvais que c'était un grosse tâche d'être entraîneur. Et je m'en suis bien aperçu après! Tu penses toujours à ça quand tu es entraîneur. Même en vacances, tu as toujours une idée derrière la tête pour les aider à s'améliorer. Si ça n'avait pas été mon neveu, personne ne serait venu me chercher. Dans le fond, on est venu me chercher. On dirait que je voulais attendre qu'il ait seize ans, mais finalement on a commencé plus tôt. Je pense que je voulais aussi qu'il y ait encore des athlètes dans la famille! Ils auraient pu être dans d'autres sports, mais pour moi c'est encore l'athlétisme qui est la meilleure formation.

Depuis ce temps, tu t'es pas mal impliqué. Autant avec tes neveux qu'avec d'autres athlètes. Tu es encore là aujourd'hui. Est-ce que c'est aussi dur ou aussi exigeant que tu le pensais? Est-ce que tu aimes encore ça aujourd'hui?

C'est plus exigeant que je le pensais parce que quand tu cours, tu n'as qu'à toi à penser. C'est toi qui décide comment ça va se passer. Quand tu vois l'athlète au départ et qu'il est dans sa course, tu n'as aucun contrôle. Je trouve ça dur juste de le regarder. L'athlète a beau avoir l'entraînement et l'information nécessaires, tu ne contrôles plus rien. Pour répondre à ta question, j'aime encore bien ça. Même si j'ai eu un petit passage à vide dans les dernières années, là j'ai un bon noyau de cinq athlètes. Ils sont motivés. Ils ont l'air de croire en moi et vice-versa. On dirait que la chimie revient par le groupe de gens qu'on a devant soi.

Ta motivation ne vient donc pas seulement de toi mais elle vient d'eux aussi...

Ah oui! Ce qui est le plus l'fun c'est de leur faire croire en leurs possibilités. Quand on y arrive étape par étape, ils sont surpris mais contents. Ils ont moins peur d'affronter les choses. Je leur parle de temps en temps de mes expériences avec d'autres qui ont progressé par étapes et quand ils atteignent un autre niveau, ils comprennent mieux. 

Pour revenir à la transition d'athlète à entraîneur, l'entraîneur aussi doit être formé. Il doit apprendre et avoir une curiosité intellectuelle. Au fond, il ne peut pas seulement se fier à son vécu d'athlète. Comment as-tu trouvé ce cheminement?

Dans le fond, j'ai appris un tas de choses. Parce que les coachs n'avaient pas toujours le temps de nous expliquer et quand j'étais athlète, je suivais les directives et je ne me posais pas trop de questions sur ce que je faisais. J'ai compris comment on s'entraînait. Durant ma formation aux niveaux 1, 2 et 3, parfois je n'y croyais pas toujours. J'ai fait quelques capsules du niveau 4 et j'ai réalisé pas mal de choses. J'ai commis quelques erreurs. Je suis un meilleur entraîneur qu'au début, j'en suis sûr.

Quelle a été ta plus grande satisfaction d'entraîneur?

Difficile à dire mais je pense que c'est quand Benjamin (Raymond) a gagné le titre canadien junior au 5000 mètres en 2011. Le temps n'était pas extraordinaire mais le voir finir le dernier kilomètre en 2:39, ça a été une belle réussite. Tout a marché comme on le voulait. Et Mathieu a aussi eu de beaux succès mais ça n'a jamais été facile pour lui. Mais au-delà des performances des athlètes comme Mathieu, Benjamin, Vincent (Parent-Pichette) ou Olivier Bernard, il y a d'autres succès. J'ai eu beaucoup de plaisir à voir un gars comme Guillaume Picard évoluer avec moi. À 14 ans, il faisait un peu d'embonpoint et ses progrès lui ont donné confiance en lui. Aujourd'hui, il n'est pas un athlète d'élite mais il continue à s'améliorer. Il n'y a pas juste la performance dans ce qu'on fait. Il y a le rôle d'éducateur, appelles ça comme tu veux. Je suis fier de ça.

Tu parlais d'un nouveau noyau d'athlètes qui travaillent avec toi. Quelle est ta motivation principale avec ce groupe-là?

C'est de les amener à un niveau supérieur, à un programme universitaire où il seront capables de compétitionner avec les meilleurs du Québec. De leur donner confiance pour les amener au plus haut niveau possible.

Tu as toujours été entraîneur bénévole. Est-ce tu aurais aimé être entraîneur professionnel?

Je ne pense pas que j'aurais eu envie d'être coach professionnel. Quand j'ai été athlète, j'ai pris des chances dans mes emplois. Je n'ai pas voulu faire la même chose comme entraîneur. Je l'ai subi comme athlète et je n'étais prêt à ça comme entraîneur. J'avais assez payé comme athlète. Quand je cognais aux portes des employeurs c'était difficile.

Quelle est la différence entre ce que tu fais maintenant et ce que je que tu faisais à tes débuts comme entraîneur? Est-ce que le discours a changé quand tu rencontres un jeune athlète?

J'essaie de mettre encore plus d'emphase dans le processus. J'essaie d'être le plus clair possible dans mes explications sur ce que l'athlète doit faire pour réussir. Chaque fois que j'ai un nouveau qui doit venir à l'entraînement, j'en vois qui sont stressés et je ne suis jamais certain qu'ils vont se présenter à l'entraînement suivant. C'est un engagement énorme pour un jeune.

Est-ce que tu as l'impression de leur faire peur ou si tu as une approche plus «soft» avec eux?

Je ne pense pas, même si j'ai été critiqué parce que je les faisais courir dehors à -20C°! J'en ai même vu se présenter à l'entraînement avec un habit de ski alpin! Je crois que quelques-uns ont eu peur. Je leur dis souvent qu'il fait beau à Vancouver et que l'autre athlète court là-bas.

Est-ce que tu te vois entraîner des athlètes encore longtemps?

Je suis impliqué dans un groupe d'athlètes qui entrent au cégep actuellement. D'ici une couple d'années, ils iront à l'université. Ce serait dommage de les laisser tomber maintenant. J'y vais une année à la fois et peut-être que j'aurai plus de temps quand je prendrai la retraite de mon travail. J'ai toujours aimé mon travail mais un jour ou l'autre j'arrêterai. Le plus difficile, ce n'est pas le coaching. Le plus dur, c'est qu'on doit s'occuper d'une foule d'activités, comme l'auto-financement du club par exemple.

Merci Louis, et bonne semaine de l'entraîneur!

 

 

 

 

 

 

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