SUCCÈS QUÉBÉCOIS AUX CHAMPIONNATS CANADIENS : SÉNIORS

SUCCÈS QUÉBÉCOIS AUX CHAMPIONNATS CANADIENS : SÉNIORS

Par Denis Poulet, responsable du Comité des records

On déplore périodiquement la faible représentation québécoise dans les équipes canadiennes. Il est vrai que peu de Québécois représentent le pays aux grands rendez-vous mondiaux d'athlétisme. Est-ce dire que l'athlétisme québécois est indigent? Il faut peut-être élargir la perspective : dans le temps et à divers niveaux. Et si on regardait du côté des succès québécois aux Championnats canadiens?

J'ai compilé le nombre de médailles remportées aux Championnats canadiens séniors au cours des 50 dernières années et propose une analyse de ces statistiques inédites.

Médailles québécoises aux Championnats canadiens séniors de 1969 à 2018

Aux derniers Championnats nationaux, à Ottawa, les Québécois ont mis la main sur 13 médailles, soit 3 en or, 5 en argent et 5 en bronze. C'est tout près de la moyenne pour les 50 dernières années, qui s'élève à 14. Les chiffres varient de 4 à 23, selon l'année, mais c'est le plus souvent autour de 12 à 18.

Cette moyenne de 14 médailles équivaut à peu près à 11 % du total des médailles à l'enjeu. C'est évidemment inférieur à la proportion de la population québécoise dans la population canadienne, qui a baissé de 28,3 % à 22,7 % au cours des 50 dernières années.

Le nombre de médailles à l'enjeu a varié depuis 50 ans, du fait de l'introduction progressive d'épreuves dans le programme féminin. On a aujourd'hui 21 épreuves de chaque côté (incluant le marathon), pour un total de 126 médailles. En 1969, on avait les 21 épreuves masculines, mais seulement 13 du côté féminin : le 5 km marche a été introduit en 1970 (remplacé par le 10 km marche en 1976), le 3000 m en 1974 (remplacé par le 5000 m en 1995), le marathon en 1976, le 10 000 m en 1982, le triple saut en 1987, le lancer du marteau en 1987, le saut à la perche en 1995 et le 3000 m steeple en 1999. En 1969, les femmes disputaient le 200 m haies, qui fut remplacé par le 400 m haies en 1971.

Compte tenu de la variation du nombre de médailles à l'enjeu, on peut dire que 14 médailles dans les années 1970 représentaient un peu plus que 14 médailles aujourd'hui, mais on ne parle pas d'un écart très important, soit quelque 3 à 4 %.

Faut-il se désoler d'un 11-12 % de médailles? On peut regarder le verre à moitié vide, mais aussi à moitié plein. Un premier constat est la relative constance des succès québécois. Cinq années seulement, dont trois au début, le Québec a remporté moins de 10 médailles. Et deux fois seulement (1971 et 1994), il n'a obtenu aucun titre. On a ainsi des champions canadiens issus du Québec presque chaque année, avec une moyenne de 4,7 titres par année.

Neuf médailles d'or en 1989 et 1991

En 1989 et 1991, les Québécois ont mis la main sur neuf titres. Il vaut la peine de nommer nos champions de ces deux années particulièrement fructueuses.

1989 : Carole Rouillard (10 000 m), Ellen Rochefort (marathon), Rosey Edeh (400 m haies), Bruny Surin (100 m), Michel Brodeur (110 m haies), Guillaume Leblanc (20 km marche), Alain Métellus (hauteur), Edrick Floréal (longueur et triple saut)

1991 : Bruny Surin (100 m), Atlee Mahorn (200 m), Guillaume Leblanc (20 km marche), Edrick Floréal (triple saut), Louis Brault (javelot), Carole Rouillard (10 000 m), Rosey Edeh (400 m haies), Tina Poitras (10 km marche), Isabelle Surprenant (javelot)

23 médailles en 1982 et 2005

On a aussi deux années-record pour le total de médailles, soit 23. N'hésitons pas à nommer nos valeureux représentants.

1982

Or (7) : Carmen Ionesco (poids et disque), Monique Laprès (javelot), Philippe Laheurte (5000 m), Marcel Jobin (20 km marche), Michel Boutet (longueur), Bishop Dolegiewicz (poids)

Argent (11) : Francine Gendron (800 et 1500 m), Christine Slythe (400 m haies), Lucette Moreau (disque), Céline Chartrand (javelot), Alain Bordeleau (10 000 m), Pierre Léveillé (400 m haies), Philippe Laheurte (3000 m steeple), François Lapointe (20 km marche), Bruno Pauletto (poids), Denis Matte (marteau)

Bronze (5) : Jacqueline Gareau (marathon), Johanne Dumas (longueur), André Thibault (400 m), Guillaume Leblanc (20 km marche), Clive Verge (marteau)             

2005 

Or (6) : Marina Crivello (20 km marche), Lise Ogrodnick (3000 m steeple), Caroline Larose (poids), Marie-Josée Le Jour (disque), Dominique Bilodeau (javelot), Kwaku Boateng (hauteur)      

Argent (8) : Julie Bourgon (disque), Véronique Fortin (heptathlon), Hank Palmer (200 m), Achraf Tadili (800 m), Paul Morrison (5000 m), Pierre-Luc Ménard (20 km marche), Wesley Rehel (400 m haies), Alex Genest (3000 m steeple)

Bronze (9) : Sarah Ali-Khan (800 m), Michelle Fournier (marteau), Nicolas Macrozonaris (100 m), Wesley Rehel (400 m), David Gill (800 m), Shane Labelle (400 m haies), David Foley (perche), Alberto Rodas (longueur), Tina Kader (marathon)

Les plus titrés

Qui a remporté le plus de médailles d'or? C'est le marcheur Marcel Jobin, roi du 20 km marche de 1973 à 1984, qui a ainsi obtenu 12 titres consécutifs. Et qui, à 76 ans, trouve encore le moyen de battre des records québécois et canadiens chez les vétérans, le dernier de ses exploits sous forme de deux médailles de bronze aux Championnats du monde des vétérans en Espagne, en septembre.

Il est suivi de près par Carmen Ionesco, 11 médailles d'or de 1973 à 1984, soit 7 au disque et 4 au poids. Arrivée au Québec peu après les Jeux olympiques de Munich en 1972, où elle s'était classée 7e au disque en tant que porte-couleurs de la Roumanie, son pays d'origine, Carmen est devenue résolument québécoise, faisant la pluie et le beau temps dans les lancers (poids et disque) au niveau national pendant une dizaine d'années.

Une autre lanceuse, celle-là née au Québec, suit Carmen de près avec 10 titres. Il s'agit de Julie Labonté, qui a régné sur le poids de 2009 à 2014 (six titres) et conquis le championnat du disque à quatre reprises, de 2011 à 2014. Si on ajoute ses succès sur la scène universitaire américaine et ses résultats honorables aux Championnats du monde et aux Jeux olympiques, on a là une « grande » de notre histoire athlétique.

Autre grand de notre histoire, Edrick Floréal a accumulé 9 médailles d'or. Il fut imbattable au triple saut de 1986 à 1991 (6 titres) et a remporté trois fois la longueur (1989, 1990 et 1993).

Guillaume Leblanc et Bruny Surin ont été champions canadiens six fois chacun. Surin au 100 m évidemment (1989, 1990, 1991, 1998, 1999, 2000) et Leblanc au 20 km marche (1985, 1986, 1988, 1989, 1990, 1991).

Enfin, cinq athlètes présentent cinq titres. Francine Gendron a montré une grande polyvalence dans les années 1970 : elle été sacrée championne canadienne trois fois au 400 m haies (1974, 1975, 1977), une fois au 800 m (1977) et une fois au 1500 m (1979). Rosey Edeh fut la reine canadienne du 400 m haies (1988, 1989, 1991, 1993, 1995), tout comme Carole Rouillard au 10 000 m (1986, 1988, 1989, 1990, 1991). Kwaku Boateng a remporté la hauteur en 1996, 1998, 1999, 2005 et 2006. Et Nicolas Macrozonaris fut le seul à réussir le doublé 100-200 m (en 2003); au 100 m, il a aussi remporté l'or en 2002, 2006 et 2007.

Grande diversité

Au cours des 50 dernières années, le Québec s'est distingué dans plusieurs spécialités et, sans doute (la répartition statistique exacte reste à faire), autant du côté des femmes que des hommes. Il y a eu de beaux succès dans les sprints, sur les haies (y compris au steeple), dans presque tous les sauts et dans les lancers. Preuve que l'athlétisme québécois s'est développé dans une grande polyvalence, même s'il n'a jamais atteint le niveau d'excellence de l'Ontario ou de la Colombie-Britannique.

Aussi, on relève de beaux succès québécois dans toutes les décennies depuis une quarantaine d'années : 23 médailles en 1982, 20 en 1996, 23 en 2005 et 21 en 2014. C'est un signe que l'athlétisme québécois, parti de loin dans les années 1960 et 1970, tient le coup, même si on aimerait bien qu'il obtienne un jour une récolte de plus de 20 % des médailles.

On peut considérer que, somme toute, et compte tenu de facteurs défavorables comme le manque de continuité dans le système scolaire (athlétisme déficient au niveau collégial), la rareté des gros clubs polyvalents et l'invisibilité médiatique de notre sport, il y a de quoi être fier de ce que les athlètes québécois ont accompli depuis 50 ans. En tout cas, il vaut la peine de s'en souvenir!

Prochain article : Les Championnats juniors 

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