Fédération Québécoise d'Athlétisme

Accueil > Nouvelles > BONS BAISERS DE FRANCE

BONS BAISERS DE FRANCE

BONS BAISERS DE FRANCE

2013-09-18

De retour des Jeux de la Francophonie, Charles Philibert-Thiboutot, nous raconte aujourd'hui la seconde expérience de sa carrière en sélection canadienne. Publié initialement sur son blog à http://fr.sportcafe.ca/2013/09/17/bon-baisers-de-france/.

Québec - Je reviens tout juste de ma deuxième expérience en équipe nationale, soit les Jeux de la Francophonie qui se déroulaient à Nice en France. C'était une semaine plus qu'agréable sur la côte d'Azur, où j'ai pu profiter de la belle température, des fameuses plages de galets sur la promenade des Anglais et de toutes les activités mises en place dans le cadre de ces jeux, qui sont une réunion sportive mais aussi culturelle des nations et régions du monde membres de l'Organisation Internationale de la Francophonie.

La dernière fois que j'écrivais sur SportCafé, je ratais de justesse la qualification pour les championnats du monde universitaire qui se sont déroulés plus tôt dans l'été à Kazan, en Russie. Par contre, j'ai par la suite pris la 5e place au championnat canadien sur 1500m en juin, ce qui me valait mon billet pour Nice dans le cadre des JDLF. J'ai donc trouvé une autre opportunité de faire partie d'une équipe nationale dans l'été, ce qui, je crois, est essentiel dans le développement d'un athlète d'élite en vue de performer sur la scène internationale et aussi pour se préparer à des championnats majeurs éventuels (mondiaux, olympiques). Le déroulement d'une course dans un championnat international est d'ailleurs bien différent de celui d'une course nationale ou «time trial», où les processus de préparation et de compétition sont beaucoup plus formels et, la plupart du temps, au détriment des athlètes. Il faut savoir gérer le stress lorsque, suite à l'échauffement, il faut aller dans une chambre d'appel à une heure précise, s'asseoir une dizaine de minutes dans un silence très tendu en compagnie des «concurrents» qui se scrutent et s'étudient, faire la longue marche sur la piste en avant de la foule jusqu'à la ligne de départ, pour ensuite avoir une caméra braquée sur soi quelques secondes avant le début de la course alors que le commentateur nous présente tousDéfinitivement une expérience inoubliable que j'ai l'intention de revivre.

Le jeux représentaient le peloton de loin le plus relevé dans lequel j'ai pris part dans ma vie. Parmi les pays «Francophones», on retrouve des pays du Magreb et de l'Afrique de l'Est, comme le Maroc, le Djibouti et le Quatar, ainsi que des pays Européens comme la France, la Pologne, la Suisse et la BelgiqueBref, des pays qui sont reconnus pour avoir de très bons coureurs de 1500m.  Lorsque nous sommes arrivés à Nice, mon coach Félix-Antoine Lapointe, qui était entraineur de l'équipe canadienne pour le demi-fond, et moi-même, n'avions pas trop d'attentes par rapport au niveau de compétition puisque historiquement, les meilleurs coureurs des pays nommés en haut ne prennent pas la peine d'y participer. Les raisons sont simples : rencontre de fin de saison, sans trop d'envergure si on compare à un meet Diamond League ou à des Mondiaux.  Cependant, le 1500m était une des épreuves qui faisait exception à ses raisons.

Parmi les inscrits, ont y retrouvait 7 personnes ayant couru 3 :35 ou mieux, incluant des grand noms comme Amanley Souleiman (3 :31), 3e au championnats du Monde à Moscou cet été au 800m, et Mohammed Moustaoui (3 :32), des athlètes accomplis qui sont considérés parmi les meilleurs au monde dans cette discipline. Je ne vous le cacherai pas, il est certain que quand j'ai vu la liste de départ pour la première fois, je me sentais petit dans mes shorts avec mon 3 :40, qui était bon pour le 12e chrono de la compétition. Cependant, il n'en a pas fallu long pour que je change ma vision des choses. Il est certain que dans un contexte de compétition internationale, si l'on s'avoue vaincu avant même l'échauffement, il ne faut pas s'attendre à faire des flammèches sur la piste. «J'ai mérité ma place ici, je suis en forme et je peux courir avec ces gars».

La demi-finale arrive le vendredi 13 et ce sont les 4 premières positions de chacune des 2 vagues qui passent automatiquement en finale, en plus des 4 meilleurs temps. J'ai un plan de match simple : rester le plus relax possible dans le groupe de tête, et à 300m de la fin, appuyer sur l'accélérateur pour soit le suivre ou pour prendre la tête de ce peloton, et faire confiance en mon «kick final» pour me tailler une place dans le top 4. Comme de fait, après un départ lent dans la course, je donne un coup important à 300m de la fin pour tenter de «casser» le reste des coureurs, et voilà que je me retrouve à la tête du peloton coude à coude avec Souleiman, pour finalement finir 3e de ma vague de manière très confortable en 3:49.07. Mission accomplie pour les préliminaires.

Le lendemain en finale, je me donne un plan de match similaire puisque j'avais vu la veille que je pouvais faire confiance en ma vitesse de fin de course pour me démarquer. Comme de fait, après 300m, je me retrouve dans le milieu du peloton, en train de faire du «jogging» avec les autres concurrents. C'est alors à ce moment que je me répète une seule chose en tête pendant le déroulement de la course : «tiens toi prêt. Ça va finir vite. Ça va être une course de 400m, un sprint. Tiens toi prêt». J'insiste ici sur la notion de répéter, puisque dans une course stratégique du genre, un moment d'inattention quand le sprint final débute est assez pour manquer le train et prendre un retard impossible à combler. Ceci étant dit, j'ai pu embarquer avec succès dans le groupe de tête pour le sprint final, en couvrant le dernier tour de la course en 52 secondes. Pour les gens qui connaissent des notions d'athlétisme, ils sauront ce que cela représente; pour les autres, dites vous que c'est très rapide, à la limite du ridicule pour un 1500m. Ça me vaut une 7e position, à 1,2 secondes du gagnant. Voir le vidéo de la course suite au texte.

Je retire de cette compétition une expérience incroyable qui, je crois, me sera très utile pour le long terme. Prendre la ligne de départ avec des gars qui sont, sur papier, à un niveau supérieur, carrément des stars dans le milieu; gérer le stress que cela peut amener, mais aussi approcher mentalement la compétition d'une manière différente; apprendre à courir de manière stratégique, soit partir très lent pour finir très rapidement, sont tous des choses que j'ai vécu à Nice et qui feront éventuellement de moi un meilleur athlète. Je suis d'ailleurs très satisfait de cette 7e position, dans un peloton aussi relevé. J'ai fini dans une bien meilleure position par rapport à ce que j'étais supposé faire si on regarde les temps d'inscription, ce qui est en soi était un objectif important. S'élever à un niveau supérieur auquel celui où l'on s'attend habituellement; il faut savoir le faire les jours où ça compte.

J'entame maintenant ma saison de cross-country. Même si 10km sur gazon n'est pas ma spécialité, je deviens rarement aussi excité à l'idée de courir. Ceci vient du fait que le cross prend la performance individuelle d'un coureur dans un groupe, pour la transformer en performance d'équipe. Le Rouge et Or n'a jamais été aussi en forme, et après notre 2e position l'an passé au championnat canadien universitaire, les attentes sont élevées pour cette nouvelle saison. J'ai très hâte de mettre ma main à la pâte pour aider les membres de mon équipe, qui sont comme ma famille, à espérer à faire encore mieux.

Vidéo Finale 1500m Jeux de la Francophonie, Nice. 14 septembre 2013

 

Toutes les nouvelles